De petits flacons bruns, des noms anglais un peu mystérieux comme Mimulus, Gorse ou Walnut : les fleurs de Bach intriguent. Beaucoup de gens en ont entendu parler par un proche, souvent au moment d’un examen, d’un deuil ou d’un déménagement. D’où viennent ces élixirs, comment compose-t-on un mélange, que dit la recherche à leur sujet, et à quel moment vaut-il mieux pousser la porte d’un cabinet médical ?
Edward Bach, du laboratoire aux chemins de campagne
Edward Bach était un médecin britannique. Diplômé en 1912 après des études à Birmingham puis à Londres, il a travaillé comme bactériologiste et pathologiste, notamment sur des vaccins, puis à l’hôpital homéopathique de Londres, sans être lui-même homéopathe.
Vers 1930, il ferme son cabinet et quitte Londres pour chercher dans la nature des remèdes simples. Lorsqu’il s’installe à Mount Vernon, une maison de campagne anglaise qui abrite aujourd’hui le centre Bach, il a trouvé dix-neuf remèdes. Les dix-neuf autres viendront des chemins et des champs alentour. Il meurt en novembre 1936, laissant un système de 38 remèdes.
Pour Bach, ces remèdes s’adressaient à l’humeur et au caractère, pas aux symptômes physiques. C’était sa conception personnelle, que les études menées depuis n’ont pas confirmée.
Comment on fabrique un élixir
Deux méthodes sont utilisées, les mêmes depuis Bach. Pour les fleurs délicates, la méthode solaire : les fleurs flottent trois heures dans de l’eau pure, en plein soleil. Pour les plantes plus ligneuses, ou celles qui fleurissent quand le soleil est faible, la méthode par ébullition : les parties fleuries bouillent une demi-heure dans de l’eau.
L’eau filtrée est ensuite mélangée à la même quantité d’eau-de-vie, qui sert de conservateur : c’est la teinture mère. Elle est à son tour très diluée pour remplir les petits flacons vendus en magasin, appelés flacons de stock, conservés eux aussi dans l’eau-de-vie. Trente-sept remèdes viennent de plantes ; le dernier, Rock Water, est préparé avec l’eau d’une source.
Les sept familles de Bach
Bach a rangé ses remèdes en sept groupes, selon l’état d’esprit qu’il leur associait : la peur, l’incertitude, le manque d’intérêt pour le présent, la solitude, la sensibilité excessive aux influences et aux idées des autres, le découragement ou le désespoir, et le souci excessif du bien-être d’autrui. Quelques exemples, tels qu’il les décrivait :
- Mimulus pour les peurs dont on connaît l’objet, Aspen pour les craintes vagues, sans cause précise ;
- Rock Rose pour la panique, Cherry Plum pour la peur de perdre le contrôle de soi ;
- Scleranthus pour l’hésitation entre deux choix, Cerato pour le manque de confiance dans son propre jugement ;
- White Chestnut pour les pensées qui tournent en boucle, Olive pour l’épuisement après un long effort ;
- Impatiens pour l’impatience et l’irritabilité, Gentian pour le découragement après un contretemps ;
- Honeysuckle pour la nostalgie, Willow pour la rancœur, Walnut pour les périodes de changement.
Ces descriptions sont celles de Bach. Elles servent à s’orienter dans son système, mais elles ne prouvent pas qu’un élixir agit sur l’état décrit.
Composer un mélange, selon la méthode de Bach
Le principe est de choisir les élixirs d’après son humeur du moment, pas d’après la situation. Avant un déménagement, par exemple, Bach ne proposait pas un remède « du déménagement », mais un remède pour l’appréhension, la lassitude ou l’impatience que l’on ressent.
Le centre Bach décrit deux façons de faire. La plus simple consiste à verser quelques gouttes de chaque élixir choisi dans un verre d’eau, que l’on boit par petites gorgées au fil de la journée. L’autre consiste à préparer un flacon de mélange : un flacon compte-gouttes vide, quelques gouttes de chaque élixir, puis de l’eau minérale plate jusqu’en haut. Pour le nombre de gouttes et de prises, suivez la notice du fabricant.
Le centre Bach donne un repère de six ou sept élixirs au plus dans un même mélange, et précise qu’augmenter la quantité prise d’un coup ne sert à rien.
Ce que disent les études
Les fleurs de Bach ont fait l’objet d’essais cliniques, surtout chez des étudiants anxieux avant un examen et chez des enfants ayant un trouble de l’attention. Deux revues systématiques ont rassemblé ces travaux. En 2009, une équipe de chercheurs a analysé quatre essais contrôlés : aucun ne montrait de bénéfice par rapport à un placebo, et la qualité des preuves disponibles était jugée faible à très faible. En 2010, une seconde revue, portant sur sept essais randomisés, concluait que les essais les plus fiables ne montrent aucune différence entre les élixirs et un placebo.
Qu’une personne se sente mieux après en avoir pris n’a rien d’impossible : le temps passé à réfléchir à son humeur, l’attention que l’on se porte, l’évolution naturelle d’une période difficile y contribuent. Les essais montrent simplement que l’élixir lui-même n’y ajoute rien de mesurable. Les auteurs de la revue de 2009 jugent par ailleurs ces produits probablement sans danger.
Les fleurs de Bach ne sont pas des médicaments, et aucune allégation de santé ne peut leur être attribuée : elles ne soignent ni le stress, ni l’anxiété, ni la déprime, et nous ne leur prêtons aucun effet sur les émotions.
La question de l’alcool
Les flacons de stock sont conservés dans l’eau-de-vie. Dilués dans un verre d’eau ou dans un flacon de mélange, quelques gouttes en apportent très peu, mais pas zéro. Prises directement au flacon de stock, elles en apportent davantage. Il existe des versions sans alcool, à base de glycérine végétale. Le centre Bach signale toutefois que les teintures mères qui servent à les préparer sont, elles, conservées dans l’alcool.
- Les personnes qui ont arrêté de boire ou qui sont suivies pour l’alcool : parlez-en d’abord à votre médecin.
- Les femmes enceintes : en France, la recommandation officielle est zéro alcool pendant la grossesse. Demandez l’avis de votre médecin ou de votre sage-femme avant de prendre quoi que ce soit.
- Les enfants : demandez conseil au pédiatre ou au pharmacien.
- Les personnes qui prennent un médicament qui ne se mélange pas à l’alcool : votre pharmacien vous le dira.
Si vous traversez une période difficile
Une rupture, un deuil, un travail qui pèse : tout le monde traverse des moments où le moral flanche. Parler à un proche, garder un rythme de sommeil, sortir marcher, limiter l’alcool sont des appuis simples. Un flacon, quel qu’il soit, ne doit pas retarder une aide quand ces moments durent.
Consultez votre médecin si la tristesse, l’anxiété ou la fatigue durent depuis plusieurs semaines, si plus rien ne vous fait plaisir, si votre sommeil ou votre appétit changent nettement, ou si vous avez du mal à faire face au quotidien. Il peut vous écouter, chercher une cause et vous orienter vers un psychologue ou un psychiatre si besoin.
Si vous avez des idées noires ou pensez au suicide, n’attendez pas : parlez-en à votre médecin le jour même, ou appelez le 3114, le numéro national de prévention du suicide en France. Il est gratuit, joignable 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, et des professionnels de santé formés vous y répondent. En cas de danger immédiat, pour vous ou pour un proche, appelez le 15 ou le 112.
Choisir et ranger ses flacons
Sur l’étiquette, regardez la présence d’alcool ou la mention « sans alcool », le mode d’emploi, les précautions du fabricant et la date limite. Gardez vos flacons dans un placard, loin d’une source de chaleur et hors d’atteinte des enfants, et évitez de toucher la pipette avec la langue.
FAQ
Les fleurs de Bach ont-elles un effet démontré ?
Non. Les essais cliniques disponibles, réunis dans deux revues systématiques publiées en 2009 et en 2010, ne montrent pas de différence entre les élixirs et un placebo. La qualité de ces essais est par ailleurs jugée faible. Si vous en prenez par goût ou par habitude, faites-le en le sachant, et sans renoncer à une aide médicale quand vous en avez besoin.
Pourquoi les remèdes portent-ils des noms anglais ?
Parce qu’Edward Bach était britannique et a nommé ses remèdes le plus souvent d’après le nom anglais de la plante : Gorse pour l’ajonc, Walnut pour le noyer, Honeysuckle pour le chèvrefeuille, Willow pour le saule. Les fabricants ont gardé ces noms partout dans le monde. Pratique : on retrouve le même remède d’une marque à l’autre, quelle que soit la langue de l’étiquette.
Combien de remèdes mettre dans un mélange ?
Le centre Bach parle d’un repère de six ou sept au plus, en précisant que ce n’est qu’un repère. Dans la pratique, un mélange court est plus simple à composer : on part de l’humeur qui domine en ce moment, plutôt que de chercher à tout couvrir. Pour le nombre de gouttes, suivez la notice du fabricant.
Contiennent-elles vraiment de l’alcool ?
Oui, pour la plupart. Les flacons de stock sont conservés dans l’eau-de-vie, et les teintures mères aussi. Une fois diluées dans de l’eau, les gouttes en apportent peu, mais pas rien. Des versions à base de glycérine végétale existent pour ceux qui veulent éviter l’alcool. Lisez l’étiquette : la composition y figure toujours.
Peut-on en prendre pendant la grossesse ?
Parlez-en d’abord à votre médecin ou à votre sage-femme. La recommandation officielle en France est de ne pas boire d’alcool du tout pendant la grossesse, et la plupart des flacons en contiennent. Si une période difficile vous pèse pendant ces mois, dites-le aussi lors de vos rendez-vous de suivi : des professionnels sont là pour vous accompagner.
Peut-on en donner à un enfant ?
Pas sans l’avis du pédiatre ou du pharmacien, en raison de l’alcool notamment. Et si votre enfant semble mal depuis un moment, s’il dort mal, s’isole, ne veut plus aller à l’école ou change de comportement, parlez-en à son médecin. Ces signes méritent d’être compris, et un flacon ne doit pas faire attendre une consultation.
Peut-on les prendre avec un traitement ?
Demandez à votre pharmacien, surtout pour l’alcool, qui ne se mélange pas avec tous les médicaments. Surtout, n’arrêtez jamais de vous-même un traitement prescrit, par exemple un antidépresseur ou un anxiolytique, pour le remplacer par des fleurs de Bach. Si votre traitement ne vous convient pas, c’est avec votre médecin qu’il faut en parler.
Combien de temps se garde un mélange ?
Préparé avec de l’eau, un flacon de mélange se garde deux à trois semaines au frais, selon le centre Bach. Un peu d’eau-de-vie, de glycérine ou de vinaigre de cidre le fait durer plus longtemps. Les flacons de stock, eux, se conservent jusqu’à la date indiquée. Si le mélange se trouble ou change d’odeur, jetez-le et préparez-en un nouveau.
Sources
- Thaler K. et al. (2009), « Bach Flower Remedies for psychological problems and pain: a systematic review », BMC Complementary and Alternative Medicine
- Ernst E. (2010), « Bach flower remedies: a systematic review of randomised clinical trials », Swiss Medical Weekly
- The Dr Edward Bach Centre, « How to take the remedies »
- Gouvernement français, « 3114, le numéro national de prévention du suicide »