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Gemmothérapie : comprendre et choisir un macérat de bourgeons

Des bourgeons frais, de l’eau, de l’alcool et de la glycérine : la recette paraît simple. D’où vient la méthode, ce que la science en sait, et ce qu’il faut lire sur l’étiquette avant d’acheter.
25 septembre 2026 par

Au printemps, avant même l’apparition des feuilles, les arbres se couvrent de bourgeons gonflés de sève. La gemmothérapie part de là : cueillir ces bourgeons frais, les faire macérer, puis en tirer des gouttes que l’on dilue dans un peu d’eau. On trouve ces flacons dans beaucoup de pharmacies et de magasins bio. D’où vient cette méthode, comment les macérats sont-ils fabriqués, que sait-on vraiment de leurs effets, et que faut-il vérifier avant d’en acheter un ?

Une méthode née en Belgique

Le mot vient du latin gemma, qui veut dire bourgeon. La méthode a été systématisée à la fin des années 1950 par Pol Henry, un médecin homéopathe belge, qui parlait de « phytembryothérapie ». Son idée : utiliser les tissus d’une plante pendant qu’ils sont en pleine croissance, c’est-à-dire les bourgeons, les jeunes pousses et parfois les radicelles.

La gemmothérapie emprunte donc à la fois à l’homéopathie et à la phytothérapie, sans se confondre avec l’une ou l’autre. Une tisane se prépare le plus souvent avec des feuilles ou des fleurs séchées. Un macérat de bourgeons, lui, part de tissus frais, récoltés à un moment précis de l’année.

De l’arbre au flacon

Les bourgeons sont récoltés frais, au printemps pour la plupart, puis mis à macérer plusieurs semaines dans un mélange d’eau, d’alcool et de glycérine. Le liquide est ensuite filtré et mis en flacon. La composition obtenue dépend de la plante, du moment de la récolte et de la façon de préparer le macérat.

Cette fabrication n’a rien d’improvisé. La préparation des macérats glycérinés est décrite dans la Pharmacopée française, et aujourd’hui dans la Pharmacopée européenne, parmi les méthodes de préparation homéopathiques. Figurer dans une pharmacopée signifie que la façon de fabriquer est encadrée. Cela ne dit rien, en revanche, d’un éventuel effet sur la santé.

Deux familles de flacons

  • Les macérats glycérinés 1DH : le macérat de départ est dilué au dixième. Ce sont des préparations homéopathiques.
  • Les macérats concentrés : ils ne sont pas dilués et se vendent le plus souvent comme compléments alimentaires.

Les deux ne contiennent pas la même quantité d’extrait et ne s’utilisent pas de la même façon. La mention figure sur l’emballage : c’est la première chose à regarder, avant même le nom de la plante.

Les bourgeons que l’on croise le plus

Les gammes de gemmothérapie comptent des dizaines de plantes. Quelques noms reviennent souvent sur les étiquettes :

  • le cassis (Ribes nigrum), dont les bourgeons très odorants servent aussi en parfumerie ;
  • le bouleau pubescent (Betula pubescens), un arbre à l’écorce claire qui aime les sols humides ;
  • le tilleul argenté (Tilia tomentosa), reconnaissable au duvet blanc qui couvre le dessous de ses feuilles ;
  • le figuier (Ficus carica), dont on utilise les bourgeons et non les fruits ;
  • l’églantier (Rosa canina), le rosier sauvage des haies, utilisé sous forme de jeunes pousses ;
  • le romarin (Rosmarinus officinalis) et l’olivier (Olea europaea), eux aussi sous forme de jeunes pousses.

Les livres de gemmothérapie associent chaque plante à des usages transmis par la tradition depuis Pol Henry. Ces usages n’ont pas été confirmés par des essais cliniques. Nous préférons donc présenter les plantes pour ce qu’elles sont, sans leur prêter d’effet.

Ce que la science en sait

Les travaux publiés portent surtout sur la composition des macérats. On y trouve notamment des polyphénols, des acides organiques, des vitamines et des minéraux, dans des proportions qui changent d’une plante et d’une récolte à l’autre. Les chercheurs qui ont fait le point sur le sujet le disent eux-mêmes : il manque des études comparatives et une méthode officielle de standardisation.

À ce jour, aucune étude clinique rigoureuse n’a démontré d’effet de la gemmothérapie sur la santé. Les usages décrits dans les ouvrages relèvent de la tradition, et c’est ainsi qu’il faut les lire.

Une confusion revient souvent. La feuille de cassis séchée a un usage traditionnel reconnu par l’Agence européenne des médicaments, pour des médicaments à base de plantes. Ces données concernent la feuille, pas le bourgeon frais macéré. On ne peut pas transposer ce qui vaut pour une partie de la plante à une autre.

Ce que la réglementation permet de dire

Vendus comme compléments alimentaires, les macérats concentrés sont des denrées alimentaires. À ce titre, ils ne peuvent pas prétendre prévenir, traiter ou guérir une maladie. Quant aux allégations de santé sur les plantes, elles attendent toujours leur évaluation au niveau européen. En avril 2025, la Cour de justice de l’Union européenne a rappelé qu’on ne peut pas promouvoir un produit avec une allégation qui n’a été ni évaluée ni autorisée.

C’est pourquoi vous ne trouverez ici aucune promesse d’effet.

Lire l’étiquette avant d’acheter

  • Le nom latin de la plante et la partie utilisée : bourgeon, jeune pousse ou radicelle.
  • Le type de produit : macérat 1DH ou macérat concentré.
  • La teneur en alcool, exprimée en % vol. Elle peut être élevée.
  • L’origine des bourgeons, et le logo bio si le produit est certifié.
  • La dose journalière, le mode de prise et la durée d’utilisation conseillés par le fabricant.
  • La date limite et le numéro de lot, utiles si vous devez signaler un problème.

Comment les prendre

Il n’existe pas de dose valable pour tous les macérats. Le nombre de gouttes, le moment de la journée et la durée dépendent du produit : suivez l’étiquette, ou l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien. La plupart des fabricants conseillent de diluer les gouttes dans un peu d’eau. Ne dépassez pas la dose journalière indiquée : en prendre davantage n’apporte rien, sinon un peu plus d’alcool.

Un complément alimentaire ne remplace pas une alimentation variée et équilibrée, ni un mode de vie sain. Il se range hors de portée des jeunes enfants.

L’alcool, la précaution que l’on oublie

La plupart des macérats contiennent de l’alcool, et pas qu’un peu. Quelques gouttes diluées dans un verre d’eau en apportent une petite quantité, mais cette quantité compte pour certaines personnes :

  • les enfants ;
  • les femmes enceintes, pour qui la recommandation officielle est de ne pas boire d’alcool du tout pendant la grossesse ;
  • les femmes qui allaitent ;
  • les personnes qui ont arrêté l’alcool ou qui doivent l’éviter pour raison médicale ;
  • les personnes qui prennent un médicament qui ne se mélange pas à l’alcool.

Dans ces situations, on s’abstient, sauf indication contraire du fabricant ou d’un professionnel de santé. Et si vous prenez plusieurs macérats, faites le compte : chaque flacon ajoute sa part d’alcool.

Les autres précautions

  • Traitement en cours ou maladie chronique : parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien avant de commencer, flacon en main.
  • Allergies : lisez la composition complète et la notice, qui peut signaler des précautions propres à la plante.
  • Effet inattendu : arrêtez le produit et demandez conseil.

Surtout, un macérat ne doit jamais faire repousser une consultation : une fatigue qui s’installe, un mal de ventre qui revient ou des nuits qui se dégradent depuis des semaines sont des raisons de voir un médecin, pas de changer de flacon.

Conserver un flacon entamé

Gardez le flacon bien fermé, à l’abri de la chaleur et du soleil, loin d’un radiateur ou d’un rebord de fenêtre. Une fois ouvert, utilisez-le dans le délai indiqué par le fabricant, et plus du tout si son odeur ou son aspect change nettement.

FAQ

La gemmothérapie est-elle reconnue officiellement ?

Sa méthode de fabrication l’est : les macérats glycérinés sont décrits dans la Pharmacopée française et dans la Pharmacopée européenne. Son efficacité, en revanche, n’a pas été démontrée par des études cliniques rigoureuses. Les usages que l’on trouve dans les livres relèvent de la tradition, et les allégations de santé sur les plantes restent en attente d’évaluation en Europe.

Quelle différence entre un macérat 1DH et un macérat concentré ?

Le macérat 1DH est dilué au dixième et relève de l’homéopathie. Le macérat concentré n’est pas dilué et se vend le plus souvent comme complément alimentaire. Les quantités conseillées ne sont donc pas les mêmes d’un type à l’autre. Regardez la mention sur l’emballage et suivez la notice du produit choisi, sans reprendre les conseils donnés pour un autre.

Pourquoi y a-t-il de l’alcool dans les macérats ?

L’alcool fait partie du mélange de macération, avec l’eau et la glycérine. Il aide à extraire certains composés des bourgeons et à conserver le produit. Sa teneur est indiquée sur l’étiquette, en pourcentage du volume. C’est la raison principale pour laquelle les macérats ne conviennent pas à tout le monde, en particulier aux enfants et aux femmes enceintes ou qui allaitent.

Peut-on en donner à un enfant ?

Pas sans avis médical. L’alcool qu’ils contiennent suffit à justifier la prudence, même en petite quantité. Lisez la notice, qui précise à qui le produit est destiné, et demandez l’avis du pédiatre ou du pharmacien avant d’en donner. Dans tous les cas, gardez les flacons hors de sa portée : une pipette attire vite les petites mains.

Peut-on associer plusieurs macérats ?

Certains fabricants proposent des complexes qui en réunissent plusieurs. Si vous voulez associer des flacons différents, suivez les indications de chacun et demandez conseil à un pharmacien. Gardez en tête que chaque macérat ajoute sa part d’alcool : deux ou trois flacons pris le même jour, cela finit par compter, surtout si vous devez éviter l’alcool.

Combien de temps peut-on les prendre ?

La durée dépend du produit. La plupart des fabricants indiquent une durée d’utilisation et parfois des pauses entre deux périodes : suivez l’étiquette. Si vous ressentez le besoin d’en prendre sans interruption pendant des mois, parlez-en à votre médecin. C’est peut-être le signe qu’une gêne mérite d’être examinée de plus près.

Bourgeon et feuille de cassis, est-ce la même chose ?

Non. La feuille de cassis séchée a un usage traditionnel reconnu au niveau européen pour des médicaments à base de plantes. Le bourgeon frais, macéré dans l’eau, l’alcool et la glycérine, est un produit différent, avec une autre composition. Ce qui a été établi pour la feuille ne s’applique pas au bourgeon : méfiez-vous des textes qui mélangent les deux.

Peut-on prendre un macérat avec un traitement ?

Demandez d’abord l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien, en apportant le flacon. Deux points les intéressent : la plante elle-même, et l’alcool, qui ne fait pas bon ménage avec certains médicaments. Ne modifiez jamais un traitement prescrit pour le remplacer par un macérat, et signalez tout effet inhabituel apparu après avoir commencé.

Sources

À retenir : la gemmothérapie, systématisée par le médecin belge Pol Henry à la fin des années 1950, utilise des bourgeons frais macérés dans l’eau, l’alcool et la glycérine. Sa fabrication est décrite dans la Pharmacopée, mais aucune étude clinique rigoureuse n’a démontré d’effet sur la santé. Choisissez votre flacon d’après l’étiquette, suivez la dose du fabricant et tenez compte de l’alcool, à éviter chez l’enfant, pendant la grossesse et l’allaitement.

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