Un sachet glissé dans l’armoire, un pot de miel, une savonnette, un petit flacon d’huile essentielle : la lavande se retrouve un peu partout dans la maison. Derrière ce nom se cachent pourtant plusieurs plantes, qui ne sentent pas la même chose et ne s’utilisent pas de la même façon. Petit guide pour reconnaître la lavande vraie, en profiter au quotidien et manier son huile essentielle avec les précautions qu’elle demande.
Trois lavandes à ne pas confondre
En Haute-Provence, on cultive surtout trois plantes. De loin, les champs se ressemblent. Dans un flacon, beaucoup moins.
- La lavande vraie, aussi appelée lavande fine ou officinale (Lavandula angustifolia). Elle pousse entre 600 et 1 700 mètres d’altitude, sur des sols calcaires. Son parfum est doux et fleuri.
- La lavande aspic (Lavandula latifolia). Elle préfère les basses altitudes, entre 200 et 700 mètres, et ses feuilles sont plus larges. Son odeur est plus vive, nettement camphrée.
- Le lavandin (Lavandula x intermedia), un hybride naturel des deux précédentes. Il est stérile : on le multiplie par bouturage. C’est lui que l’on voit le plus sur le plateau de Valensole.
Le lavandin, cultivé de façon intensive depuis les années 1930, est bien plus productif. D’après une fiche du ministère de la Culture consacrée à ces cultures, il faut environ 40 kg de lavandin pour obtenir un litre d’huile essentielle, contre environ 140 kg de lavande fine. Cela explique l’écart de prix, et pourquoi le lavandin parfume surtout les lessives et les savons. Pour défendre la lavande fine, une appellation d’origine a été créée en 1981 : elle exige une culture à plus de 800 mètres d’altitude.
Quant à la lavande stéchade (Lavandula stoechas), reconnaissable aux petites bractées violettes dressées au sommet de ses épis, elle est jolie en pot, mais son huile essentielle ne s’utilise pas sans l’avis d’un professionnel.
Dans la maison
La façon la plus simple de profiter de la lavande reste la fleur séchée : un bouquet dans l’entrée, un sachet de tissu dans une pile de draps. Le parfum tient longtemps et se ravive quand on froisse les fleurs entre ses doigts.
Pour l’huile essentielle en diffusion, mieux vaut des séances brèves, de l’ordre d’un quart d’heure, dans une pièce où l’on reste éveillé, puis une bonne aération : l’Anses recommande de bien aérer chaque fois qu’une huile essentielle est diffusée dans un espace clos. Gardez l’appareil éteint quand un nourrisson, une femme enceinte ou une personne asthmatique partage la pièce, et loin des animaux : chats, oiseaux et petits rongeurs y sont très sensibles.
En cuisine
La lavande fine est la lavande « culinaire ». On l’utilise surtout dans les desserts : une crème infusée, des sablés, une compote d’abricots, un sirop pour la limonade. Son goût est puissant : une pincée de fleurs séchées suffit, au-delà le plat prend vite un goût de savon.
Achetez des fleurs vendues pour l’alimentation, plutôt que celles d’un bouquet décoratif ou d’un jardin traité. Et ne remplacez jamais les fleurs par de l’huile essentielle : même une goutte est bien trop concentrée pour un plat ou une boisson, et l’avaler n’est pas sans risque. Le miel de lavande, lui, vient des abeilles qui butinent les champs en été ; clair et doux, il se marie bien avec un fromage frais.
Dans la salle de bains
Savons, gels douche, crèmes pour les mains : la lavande parfume beaucoup de cosmétiques, où elle apporte avant tout son odeur. L’eau florale de lavande, qu’on appelle aussi hydrolat, est l’eau recueillie pendant la distillation. Bien moins concentrée que l’huile essentielle, elle s’utilise en lotion après le démaquillage ou en brume rafraîchissante l’été.
Le linalol, l’un des principaux composants de la lavande, fait partie des allergènes de parfumerie qui doivent figurer dans la liste des ingrédients d’un cosmétique au-delà d’un certain seuil. Si vous y êtes allergique, ce mot sur l’étiquette vous aide à faire le tri.
Bien choisir une huile essentielle de lavande
- Le nom latin, en entier : Lavandula angustifolia pour la lavande vraie. Si vous lisez Lavandula x intermedia, « grosso » ou « super », c’est du lavandin ; Lavandula latifolia, c’est de l’aspic.
- Une huile sans mélange : coupée de lavandin, elle coûte moins cher, mais ce n’est plus la même huile.
- Un verre ambré ou bleu foncé, une capsule compte-gouttes et une fermeture qu’un enfant ne peut pas ouvrir.
Sur la peau, toujours diluée
Réputée douce, l’huile de lavande vraie reste un concentré. Diluez-la dans une huile végétale, de noyau d’abricot ou de tournesol par exemple, dans la proportion indiquée par le fabricant. Avant un premier usage, testez le mélange sur une petite surface, à l’intérieur du poignet, et attendez une journée.
L’Anses rappelle de ne jamais appliquer d’huile essentielle pure sur les muqueuses et de se laver les mains avec soin après un massage. Tenez le mélange loin des yeux et de la peau abîmée. Quant à l’avaler, c’est non sans l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien, même pour une goutte dans une tisane.
Et sur une brûlure ?
On lit souvent qu’une goutte de lavande pure soulage une brûlure. C’est un mauvais réflexe. L’Assurance maladie conseille de refroidir la brûlure le plus tôt possible sous l’eau tempérée, autour de 20 °C, pendant 20 minutes, et de n’y mettre ni beurre, ni huile, ni glace. Séchez ensuite en tamponnant, sans frotter, et protégez si besoin avec un pansement stérile qui ne colle pas. Votre pharmacien peut conseiller une crème adaptée.
Appelez le 15 ou le 112 si la personne brûlée est un enfant de moins de 5 ans ou une personne âgée, si la brûlure touche le visage, les mains, le cou ou les parties intimes, ou si elle est étendue ou profonde. Pour une brûlure avec des cloques qui reste peu étendue, voyez votre médecin.
Le soir, une affaire d’odeur
Beaucoup aiment retrouver l’odeur de la lavande dans leur chambre, sur un sachet ou dans une brume pour l’oreiller, et rien n’empêche de se faire ce plaisir en respectant les précautions. Mais aucun effet sur le sommeil ou sur l’anxiété ne peut être revendiqué pour les produits à base de lavande que nous vendons : ce ne sont pas des médicaments, et les allégations de santé sur les plantes attendent toujours leur évaluation au niveau européen. Si les mauvaises nuits durent depuis plusieurs semaines, l’Assurance maladie conseille d’en parler à votre médecin traitant, qui pourra vous proposer de tenir un agenda du sommeil.
Les précautions à connaître
- Enfants et grossesse : l’Anses déconseille les huiles essentielles aux enfants et aux femmes enceintes, car certaines contiennent des substances toxiques pour le système nerveux ou pour le fœtus. Pendant l’allaitement, demandez conseil.
- Rangement : hors de portée des enfants, et jamais à côté des produits de soin du bébé. Selon l’Anses, dans un tiers des accidents chez l’enfant, une huile essentielle avait été donnée par erreur à la place d’un médicament, le plus souvent de la vitamine D.
- Aspic et lavandin : plus riches en camphre que la lavande vraie, ils demandent encore plus de prudence, notamment en cas d’épilepsie. Demandez l’avis de votre médecin.
- Asthme et allergies : la diffusion peut gêner les bronches sensibles ; une allergie connue aux parfums impose de s’abstenir.
- Huile ancienne : au contact de l’air, ses composants s’oxydent et deviennent plus irritants. Refermez le flacon aussitôt après usage et gardez-le dans un placard frais.
Un enfant a bu au flacon ? Ne lui donnez rien et appelez aussitôt un centre antipoison ou le 15, flacon en main. Une projection dans l’œil se rince à l’eau claire pendant plusieurs minutes.
FAQ
Lavande vraie, fine, officinale : est-ce la même plante ?
Oui. Ces trois noms courants désignent la même espèce, Lavandula angustifolia. La lavande aspic et le lavandin, en revanche, sont d’autres plantes, avec une odeur et une composition différentes. Les noms communs varient d’une marque à l’autre et d’une région à l’autre : en cas de doute, seul le nom latin inscrit sur l’étiquette permet de savoir ce que contient le flacon.
Comment savoir si mon flacon contient du lavandin ?
Lisez le nom latin : Lavandula x intermedia, parfois accompagné d’un nom de variété comme « grosso », « super » ou « abrial », indique du lavandin. L’odeur donne aussi un indice, plus camphrée et plus piquante que celle de la lavande vraie. Enfin, le prix : le lavandin produit beaucoup plus d’huile à la récolte et coûte donc nettement moins cher.
Peut-on diffuser de la lavande dans une chambre ?
Oui, dans une chambre d’adulte, avant d’aller se coucher et par séances courtes. Éteignez ensuite l’appareil et ouvrez la fenêtre quelques minutes : la diffusion ne se poursuit pas pendant le sommeil. Évitez la chambre d’un enfant ou d’un bébé. Pour une odeur plus discrète, un sachet de fleurs séchées sur la table de nuit fait très bien l’affaire.
La lavande aide-t-elle à dormir ?
Aucun effet sur le sommeil ne peut être attribué aux produits à base de lavande vendus en boutique. Si vous aimez son odeur le soir, profitez-en, sans y voir un traitement. Des horaires réguliers, une chambre fraîche et sombre, pas de café en fin de journée et des écrans éteints avant le coucher comptent bien davantage. Si les nuits difficiles durent, parlez-en à votre médecin.
Peut-on mettre de la lavande sur une piqûre d’insecte ?
Mieux vaut s’en passer. Lavez la zone à l’eau et au savon, appliquez quelque chose de froid et demandez conseil à votre pharmacien si la démangeaison gêne. Appelez le 15 ou le 112 si la piqûre touche la bouche ou la gorge, si le visage gonfle ou si la personne a du mal à respirer : ce sont des signes d’urgence.
Peut-on cuisiner la lavande de son jardin ?
Oui, si c’est bien de la lavande fine et qu’elle n’a reçu aucun traitement. Cueillez les épis quand les fleurs s’ouvrent, faites-les sécher à l’ombre, tête en bas, puis égrainez-les. Évitez le lavandin, dont le goût camphré passe mal en cuisine, et la lavande stéchade. Dans tous les cas, une pincée suffit : la lavande parfume, elle ne doit pas dominer.
Quelle différence entre hydrolat et huile essentielle ?
Les deux sortent du même alambic. L’huile essentielle est la partie aromatique très concentrée, qui flotte à la surface. L’hydrolat est l’eau de distillation, qui n’en garde que des traces. Il s’utilise donc tel quel sur la peau, en lotion ou en brume, alors que l’huile essentielle se dilue toujours. L’hydrolat est plus fragile : gardez-le au frais une fois ouvert.
Peut-on utiliser la lavande avec des enfants ?
L’Anses déconseille les huiles essentielles aux enfants. Pour eux, on s’en tient aux fleurs séchées, dans un sachet bien fermé et hors de portée des plus petits, et aux cosmétiques conçus pour leur âge. Si vous envisagez malgré tout un produit à base d’huile essentielle, demandez d’abord l’avis du pédiatre ou du pharmacien.
Sources
- Ministère de la Culture, « Les pratiques de culture des lavandes en Haute-Provence »
- Anses, « Huiles essentielles : risques et précautions »
- Assurance maladie, « Brûlures de la peau »
- Assurance maladie, « Insomnie de l’adulte : consultation et bilan médical »